Comment je me suis mise à enseigner sans manuel ni programme. Chapitre II : et si je parlais un peu de mon expérience dans l’Education Nationale

Chapitre II : et si je parlais un peu de mon expérience dans l’Education Nationale

L’explication de mon grand intérêt pour la pédagogie Freinet remonte à plus loin et je vais finalement faire pas mal d’allers-retours dans le temps.

Je préfère prévenir les professeurs de l’Education Nationale, il y a des critiques négatives. J’ai essayé de raconter mon ressenti de l’époque et mon analyse d’aujourd’hui. J’imagine -j’espère- que certaines choses ont changé.

Le but pour moi, donc, dans cet article est de raconter et d’analyser mon histoire d’élève. Cela me permet d’en tirer des enseignements en tant que prof. Et si ça peut aider d’autres profs, tant mieux.

Ma première expérience dans l’Education Nationale fût en tant qu’élève, bien évidemment (dans les années 90′). Elle fût globalement positive car j’étais une bonne élève, assidue, quelque peu bavarde, mais curieuse et surtout obéissante. Je tiens à le préciser, je pense que c’est important, car tant que j’apprenais les leçons et obéissais aux consignes, tout s’est bien passé.

1. L’école primaire

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J’ai adoré l’école primaire. Dans mes souvenirs, c’était un havre de paix, de bonheur, de créativité, de chansons …

Le fait d’avoir un seul et même professeur favorisait la transversalité. Les matières manuelles, corporelles et artistiques n’étaient pas reléguées au second plan et c’est là que j’y ai découvert ma passion pour le théâtre et les arts plastiques, que j’ai continués sans arrêter jusqu’à la fac.

C’était une école de campagne, entourée de nature, à Condé Sur Vire, dans la Manche.

Le passage au collège fut rude.

2. Le collège

J’ai continué à bien travailler et à avoir de bonnes notes. Mais là n’était pas le problème. On passait d’une école chaleureuse, avec un seul professeur toute l’année et une pratique heureuse et créative de l’apprentissage à de grosses journées avec plusieurs professeurs différents.

L’architecture du collège (à Torigni Sur Vire, juste à côté / vous avez peut-être compris, la Vire est une rivière, et l’usine Elle & Vire n’est pas loin/ moment géographique 😉) était particulière. Un énorme bloc gris de plusieurs étages donnant sur une cour, bétonnée aussi.

Le jour de la rentrée, pétrifiée, terrifiée, je serrais la main de ma maman. Par la suite, la terreur n’est jamais vraiment partie, je me perdais régulièrement dans les couloirs, avec mon gros cartable sur le dos.

Mon équilibre à l’école primaire reposait aussi sur les matières artistiques et la prise en compte du fait que je n’étais pas qu’une bonne élève.

Au collège, le cours d’arts plastiques n’était qu’une vaste blague, une cours de récré où la prof n’était absolument pas prise au sérieux, ni par les élèves, ni par les profs, ni par les parents. Moi, passionnée, étais une des seules à répondre à la consigne et à dessiner et à peindre. Je faisais aussi les dessins de mes amis, car j’adorais ça, j’aurais pu y passer des heures.

Je ne comprends toujours pas comment on peut passer d’un état d’enfance où le dessin est roi à un profond mépris pour cette activité.

Je pense avoir une explication, mais ce n’est qu’une hypothèse : le passage en sixième marque une rupture avec l’enfance, ses jeux et ses dessins. Dessiner n’est alors plus sérieux (surtout dans l’esprit des parents.) Grâce à la transversalité, les arts plastiques peuvent pourtant être alliés aux mathématiques, à la littérature et à toutes les autres matières.

Le souci au collège est qu’on nie le corps de l’élève.

A part en sport, super !

Le corps est à prendre en compte dans toutes les matières. Ses sens et ses émotions sont niés, alors que les activités artistiques et manuelles sont là pour se sentir vivant, actif, vibrant …

Bien sûr, je sais que de nombreux enseignants formidables oeuvrent dans ce sens, quotidiennement. Le souci repose, j’imagine, sur les directives de l’Education Nationale et un certain élitisme à la Française où l’intellect domine. Contrairement à l’Allemagne où les travaux manuels ne sont pas méprisés.

/ apparté /

Je fais une apparté sur ce point.

Je commence tout juste à rénover mon appartement et un ami peintre en bâtiment me donne un coup de main. J’ai toujours admiré davantage les métiers manuels que les métiers intellectuels. Les maçons, les peintres, les menuisiers, les cuisiniers, les jardiniers, les mécaniciens …

Quels savoirs incroyables ! construire une maison, un meuble, régaler les papilles des convives, faire pousser des légumes ou réparer une voiture ou un vélo ! Tant de savoirs que nous n’apprenons pas à l’école, en France, car ils sont méprisés.

Mais pourquoi ?? Je réalise maintenant que je ne sais pas comment pousse un légume alors que je l’ai appris, en théorie, en cours de SVT. Je suis pourtant née à la campagne, mais je n’ai jamais appris. Pourquoi n’y avait-il pas de jardin à l’école ou au collège ? Je faisais du vélo, mais je ne savais pas le réparer. Par contre, je savais cuisiner, ah ça oui, en tant que bonne petite fille, j’observais ma mère. On va me dire : « mais c’est à la famille d’enseigner ces savoirs, pas à l’école.  » Je réponds : Pourquoi ?

Pourquoi l’école serait le lieu des savoirs intellectuels et la maison le lieu des savoirs manuels ?

Pourquoi cette coupure ? Les familles ne comportent pas toutes un mécanicien, un maçon, un jardinier, un menuisier, un cuisinier…

Ainsi, adulte, j’apprends à faire pousser des légumes dans un jardin partagé à Montreuil et à rénover mon appartement. J’apprends les saisons, les graines, le placo, l’enduit, … tant de mots qui ont souvent résonné sans signification.

/ fin de l’apparté /

Et le cours de musique !! Je m’escrimais à souffler dans ma flûte, mais le son qui en ressortait n’était absolument pas mélodieux. Je n’ai jamais réussi à lire une partition alors j’écrivais les notes « do ré mi … » sous les partitions.

Pourquoi n’avons-nous pas fait de percussions, de rap ou de chants dans différentes langues ?

Encore une fois, ce sont des questions. Je ne juge pas. Je raconte mon ressenti et je m’interroge.

Le sport, qui aurait pu être un lieu d’expression pour chacune et chacun, était un lieu discriminant où les plus petits, les plus lents, les plus gros étaient mis à l’écart.

Dans les cours de sport de mon collège, la compétitivité, la force et la rapidité étaient toujours mises en avant. Alors que c’est une période où les adolescents voient leur corps changer et se posent de nombreuses questions, j’y ai vu des filles malmenées à cause de leur forte poitrine qui les empêchaient de courir ou des garçons moqués car ils étaient trop maigres et trop petits. Moi, j’étais petite, maigre avec des lunettes, je me débrouillais bien en escalade et en gym. Mais alors les sports collectifs … « collectifs » ? Je dirais plutôt les sports « compétitifs » où il fallait réussir à attraper les boulets de canons lancés par certains mecs. Boulets que j’esquivais en m’échappant, apeurée.

Je me demande qui fait les programmes et les systèmes de notations de sport ? Des athlètes de haut-niveau ? Je ne pense pas pourtant.

A mon sens, les cours de sport à l’école devraient être un lieu d’expression de chaque corps et de respect de toutes les morphologies. Mais ils n’ont pas été pensés en fonction de la psychologie et de la physiologie de tous les enfants et adolescents.

Et bien sûr, toutes les autres matières, histoire, français, maths, langues étrangères, SVT … se passaient assis sur une chaise toutes et tous tourné-e-s vers le tableau, c’est tout.

Il est temps maintenant de redorer le blason de l’Education Nationale, car je vais me prendre pas mal de critiques « Mais que de clichés ! Que de critiques négatives ! N’importe quoi ! » je les vois venir 😉 et je comprends.

3. Le lycée

Vint alors, mon arrivée au lycée. C’était un lycée considéré comme laxiste par beaucoup de parents, mais moi je l’ai adoré.

C’était à Saint-Lô, chef-lieu de la Manche, aussi appelée « capitale des ruines » par Steinley Beckett, alors soldat, pendant le bombardement du 6 juin 1944 qui fit quasiment disparaître la ville.

/c’était le moment historique/.

Alors cessons de dire que les Américains nous ont sauvés !! Enfin, c’est un autre sujet…

Tous les mardis midis, les lycéens avaient trois heures pour pratiquer une activité artistique ou sportive de leur choix : cirque, rédaction du journal, danse, théâtre, musique …

Enfin, je retrouvais mes premières amours d’école primaire. Je me suis inscrite au cours de théâtre en tant qu’option facultative dès la Première Littéraire. Quel bonheur ! La cours du lycée ressemblait à une espèce de festival d’arts de rue où les lycéens pouvaient s’exprimer librement. Le journal du lycée était si libre qu’il s’appelait « Le Spliff » (/le joint) et qu’il faisait des caricatures des profs. Je n’encense pas la rébellion et l’insolence adolescentes, mais il n’y avait rien de dangereux et seulement là, la colère et les questionnements de certains lycéens pouvaient s’exprimer dans le cadre du lycée sous l’oeil de l’équipe enseignante et non dans d’autres circonstances.

Mes plus beaux souvenirs de lycée furent donc l’écriture de nos textes, la recherche de costumes et d’éléments de mise en scène, les longues répétitions de théâtre, la représentation, l’ambiance de la cour, les débats en cours de philosophie et les cours de français et de lettres. C’est tout. Il s’agissait des moments où on nous demandait vraiment de nous exprimer et non de répéter ou de recopier bêtement. C’est d’ailleurs à cette période que j’ai arrêté d’obéir, de réviser et d’apprendre par coeur.

Je me sentais vide et invisible pendant les cours de mathématiques et de sciences où, en tant que filière littéraire, nous étions moqués par les profs ; tout comme en cours de langues vivantes (vivantes ???) où nous ne parlions quasiment jamais.

Et c’est incroyable, je n’ai aucun souvenir des cours de sport. AUCUN ! Mais qu’y ai-je donc fait ? Je ne sais pas. Peut-être suis-je restée assise sur le banc pendant trois ans.

4. L’université

Le passage en première année de lettres modernes arriva, à l’université de Caen. En cours magistraux, les professeurs récitaient leur monologue en amphithéâtre, devant une centaine d’étudiants. Les travaux dirigés, les « TD » apportaient de l’humanité à notre apprentissage, on nous demandait de faire des exposés en binôme. La plupart des professeurs étaient passionnants, vraiment. Ils pouvaient s’emporter avec passion devant les propos sexuels et coquins de récits du Moyen-Âge ou décrire avec précision l’enfance de Proust. Ils étaient sacrément calés, ça c’est sûr. Calés en littérature, mais calés en pédagogie pas forcément. Mais ce n’est pas ce qu’on demande à un professeur d’université.

Je n’ai jamais compris pourquoi on appelait ça lettres « modernes » alors qu’on étudiait des classiques du moyen-âge au 20ème siècle et qu’on nous obligeait à faire du latin. Les experts m’expliqueront peut-être… On étudiait peu d’ouvrages modernes ou contemporains.

J’ai aimé les travaux en groupes, les dissertations individuelles, la littérature comparée, les profs passionnés, les heures de travail à la bibliothèque universitaire, les découvertes après plusieurs heures de lecture ou d’écriture, les sensations lors de la lecture de certains ouvrages.

Après ma licence de lettres modernes, je comptais aller à l’IUFM pour devenir professeure des écoles, mais c’était sans compter la rencontre avec une étudiante qui était en « FLE ».

« fleeeeuuuuu ? mais qu’est-ce que c’est ?

– Ben en fait, c’est pour enseigner le français aux étrangers, c’est trop cool, tu peux voyager après.

– Ah ouais, pas mal … »

suite au prochain épisode.

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