La coopération et l’autonomie 10/01/19

Classe 2 (A1.2, peu scolarisés)

Depuis un certain temps, je remarque que cette classe a une grande capacité à travailler en autonomie, seuls ou en petit groupe, en collectif. Ils s’entraident, se taquinent, se corrigent, vont même parler à un autre groupe …

Contrairement à l’autre classe, de niveau 3 (A2) mais ça veut rien dire, qui a plus de difficultés à travailler en collectif.

Donc, voyant que ça fonctionne bien avec eux, j’y vais à fond.

En décembre, avant les vacances, je leur ai donné un test, tout simple, une production écrite, «Racontez une journée».

Pendant les vacances, j’ai tapé tous les textes, certes assez répétitifs, mais ils en sont les auteurs.

Mardi, je leur ai dit :

«Donc, hier, on a fait des exercices à partir de ces textes, des phrases à trous, des mots a remettre dans l’ordre … Maintenant, vous allez bien relire les textes, vérifier vos exercices et corriger s’il y a des erreurs. Seuls ou en groupes.

Puis, l’objectif est d’apprendre votre texte par coeur, à l’oral et à l’écrit. Vous comprenez par coeur ?»

J’explique et je mime un texte qui rentre dans la tête.

«Mais comment on fait pour apprendre un texte par coeur ? Vous l’avez fait quand vous étiez petits ?»

Les étudiants :

«On lit ?! On écrit plusieurs fois ?!»

«Oui voilà.»

Je leur propose de travailler seuls ou en groupe, ils choisissent ce qu’ils préfèrent pour apprendre leur texte.

Je leur suggère quelques activités :

1. Recopier le texte à vu.

2. Recopier le texte, phrase après phrase en regardant, puis en cachant.

3. Lire une phrase, cacher, la répéter dans sa tête …

J’insiste pour dire que cet apprentissage de leur propre texte est très important pour fixer la grammaire, les verbes, le vocabulaire…

Pablo n’était pas là pour le test avant les vacances, alors il écrit son texte pour la première fois. Et il me sidère, car 20 minutes plus tard, il m’appelle pour me dire qu’il a fini. C’est quasiment parfait. Puis, 15 minutes plus tard, il me sidère encore, car il me dit qu’il connait déjà son texte par coeur. Effectivement. Il me dit :

«C’est normal. C’est facile pour moi, c’est ma journée.»

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Il y a des moments comme ça, où je suis très touchée.

Il y a des moments comme ça, où la part d’adulte et d’enfant en eux se mélangent. Enfant, même très motivé à apprendre, nous ne pouvions nous empêcher de vouloir faire plaisir au prof et de l’entendre nous féliciter. Mais, à l’âge adulte, c’est risqué. Cette part affective est évidemment à prendre en compte, puisque le cerveau imprime davantage les informations marquées par des émotions.

Mais dans une relation prof-apprenant/adulte, il est essentiel de montrer qu’on n’est pas là pour se faire plaisir entre nous, mais plaisir à soi.

Concernant Pablo, ce qui m’a touchée, c’est le contraste entre ses capacités réelles et sa grande réserve.

C’est en effet un étudiant très réservé depuis la rentrée d’octobre, ce qui me sidère donc encore plus. Il a mis du temps à s’exprimer et à venir de lui-même au tableau. Grand et costaud, il a mis plusieurs semaines à se déployer et à se déplacer dans la classe, toujours avec un petit sourire gêné.

Les cours débutent en octobre et se terminent en juin et nous sommes ensemble trois soirs par semaine, pendant neuf mois. Nous avons du temps pour nous connaître et aucune pression d’examen en cours d’année, juste un en juin. Ainsi, les deux premier mois, je ne les force jamais à venir au tableau ou à faire des jeux de rôles devant tout le monde.

Cela peut être contesté, c’est souvent un sujet de débat entre enseignants.

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Je passe voir chaque étudiant. Je leur demande de lire le texte ou de le réciter par coeur. Certains sont encore hésitants et lisent, et d’autres le connaissent par coeur.

Vers la fin du cours, je demande qui veut venir réciter son texte, debout devant tout le monde.

Certains y vont et réussissent avec brio.

Jeudi, certains étaient très heureux et très fiers de venir réciter leur texte devant tout le monde, car ils l’avaient appris chez eux.

Détail en plus : je propose à un autre volontaire de venir, livret en mains, près du «réciteur» pour l’aider en cas d’oubli ou de blocage.

Ça fonctionne plutôt bien.

Pendant ce temps, quatre étudiants absents lors du test en décembre et en début de semaine, écrivent leur texte, très concentrés, ensemble au fond de la classe. Bakary n’a pas l’air à l’aise avec le fait d’écrire le texte sans aide ni support. Je me souviens de la fois où il est venu me voir avant les vacances :

« Je n’écris pas bien, c’est vraiment difficile pour moi. Comment apprendre à bien écrire ? »

« Alors Bakary, il faut lire, recopier, écrire encore et encore. Vous allez mémoriser les mots petit à petit, ils vont rentrer dans votre tête. »

Alors, je le laisse regarder dans le livret. Je sais que les autres peuvent s’en passer.

La dernière heure est consacrée à la création de petites scénettes à partir de déclencheurs :

– Vous allez à la poste pour envoyer un colis à votre famille dans votre pays,

– Votre box internet ne fonctionne plus depuis quelques jours, vous appelez votre fournisseur internet,

– Vous avez très mal au ventre, vous appelez le médecin pour avoir un rendez-vous aujourd’hui, c’est urgent.

– Vous êtes chez le médecin, vous avez très mal au ventre. Il vous ausculte et vous pose des questions,

– Vous êtes dans le métro, soudain il s’arrête et le conducteur dit :

« Suite à un accident de voyageurs, nous sommes arrêtés …»

Un touriste, assis à côté de vous, ne comprend pas, vous lui expliquez.

– Vous ramenez un vêtement trop petit au magasin. Vous voulez être remboursé.

– Vous êtes très malade ce matin. Vous appelez votre patron pour dire que vous ne pouvez pas venir.

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