La continuité pédagogique pendant le confinement

Alors que la deuxième vague est là et que certains enseignants se remettent à l’enseignement à distance, je publie ici le récit de mes cours à distance du printemps 2020, lors du premier confinement.

Texte écrit en Avril 2020

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Au début du confinement, j’ai beaucoup réfléchi aux différents moyens d’assurer la continuité pédagogique. J’ai ressenti beaucoup de stress, car l’enseignement à distance, par Skype par exemple, n’a jamais été ma tasse de thé. Je ne concevais pas un cours sans contact, sans lien, sans corps. J’entendais des témoignages d’amis donnant des cours de FLE à distance et je voyais cela comme quelque chose de très étrange.

Et le confinement est arrivé…

Alors je me suis re-posé certaines questions :

Comment on apprend ? Quelle est la part du prof et la part de l’apprenant ? Comment ce dernier créé son propre apprentissage ? Comment l’amener à chercher, inventer, tâtonner, avoir envie et prendre du plaisir … ?

Alors, comment faire cela à distance ?

Notre outil de communication allait être, dorénavant, l’ordinateur ou le téléphone portable.

Je vais raconter ce que j’ai essayé de mettre en place, ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien, avec les trois groupes, bien différents, dans lesquels j’enseigne.

L’Association des Femmes de la Boissière, AFB, Montreuil

Le contexte

   L’AFB existe depuis 30 ans. Elle a pour but d’enseigner le français oral et écrit à des femmes migrantes, jamais ou peu scolarisées dans leur pays d’origine, et depuis quelques années, quelques jeunes travailleurs maliens de la ville viennent assister aux cours. L’association promeut l’émancipation et la prise de pouvoir par tous et toutes, alors il y a quelques années, quand j’ai découvert la pédagogie Freinet, c’était comme une évidence. J’ai lu le livre de Danielle de Keyzer et j’ai fait une formation avec Sybille Grandamy, à l’association Alpha B dans le 18ème arrondissement de Paris. J’ai ensuite apporté cette pédagogie à l’association, mes collègues aux apprenantes. Donc depuis 2015, nous travaillons avec la pédagogie Freinet, dont la MNLE pour les cours d’alphabétisation. C’est passionnant, car nous adaptons, cherchons, tâtonnons sans cesse et transmettons aussi ces outils aux partenaires sociaux, associatifs et culturels avec lesquels nous mettons des projets en place (jardinage, travaux-peinture du local, danse, échanges de savoirs, …). Les apprenantes ne sont plus des « bénéficiaires », comme certaines municipalités les appellent souvent, malheureusement, mais des actrices et acteurs de l’association, membres actifs et décisionnaires.

L’enseignement à distance

  L’annonce du confinement a été un peu brutale, nous n’avons pas eu le temps de nous y préparer, de distribuer des fichiers de lecture, des livres à lire, des exercices de graphisme… Tout ce que nous avions, c’était notre lien permanent, installé depuis quatre ans : WhatsApp. Fort heureusement, nous avions ça. Depuis des années, nous utilisons Whatsapp pour communiquer des informations importantes et régulières et les apprenantes nous préviennent quand elles ne peuvent pas venir en cours ou quand elles ne peuvent plus venir du tout car elles vont déménager, travailler, … Nous utilisons aussi cette application comme support d’apprentissage. Avec le groupe de débutantes en alphabétisation, nous filmons régulièrement les textes créés ensemble, je pointe les lignes du doigt et je les lis. Cela constitue un outil de lecture en autonomie. Certaines femmes regardent et écoutent beaucoup ces vidéos chez elles. J’ai pensé à cela il y a quelques années, alors que je disais, en fin de cours : « Vous essayez de relire ce texte à la maison ? », ce à quoi une femme m’a répondu :  » Mais Alice, je n’ai personne pour m’aider à lire à la maison, quand je lis, je ne sais pas si c’est correct. », « Ah oui … il faudrait quelque chose qui t’aide à lire… » Et là, l’idée est venue de me filmer en lisant les textes et en les pointant du doigt. Nous faisons ça régulièrement à l’association.

  Ainsi, pendant le confinement, avec mes collègues, nous envoyons de temps en temps d’anciennes vidéos de textes lus et de petites dictées enregistrées. A cela s’est ajoutée l’application Zoom, pour pouvoir se voir et discuter. Pour l’instant, quelques personnes ont réussi à se connecter, seules, avec l’aide de la famille ou des tutos que nous avons réalisés avec une application d’enregistreur d’écran.

La fracture numérique est bien présente. Certaines personnes ont très envie de nous voir à l’écran et de communiquer avec nous, mais elles ne parviennent pas à réaliser toutes les étapes : télécharger l’application, rentrer le code ou le lien de la réunion et enfin mettre le micro et la caméra (optionnelle) en marche. Avec mes deux collègues et notre partenaire professeure de danse, nous avons tout de même décidé de fixer une séance-zoom d’une heure par jour, du lundi au samedi. Elles savent qu’il y a un rendez-vous pour discuter, lire des textes, écrire un peu ou regarder des vidéos ensemble avec la fonction « partage d’écran ».

Nous sommes aussi en train de créer un padlet pour y mettre tous les textes écrits, par tous les groupes, depuis le début de l’année scolaire.

Nous essayons donc des choses. Mais c’est difficile, elles sont peu à avoir un ordinateur, ont les enfants à la maison, tout un foyer à faire tourner, une grosse charge mentale pour certaines, la promiscuité dans de petits logements… le fameux fossé social du confinement. Nous gardons le lien et essayons de ne pas nous mettre la pression.

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Cours Municipaux d’Adultes (CMA) de la Mairie de Paris

F.O.A. 3 : Français sur Objectifs Adaptés

Apprenants peu scolarisés antérieurement, niveau oral : A2/B1, niveau écrit : A1.2/A2

Le contexte

FOA est un terme très spécifique des CMA. Cette filière a été créée il y a un peu plus de dix ans pour remédier au manque de classes pour les apprenants peu scolarisés non-francophones.

Depuis une cinquantaine d’années, deux filières existaient aux CMA : le F.L.E., bien connu, pour les BAC+ et le F.O.F. (Français sur Objectifs Fondamentaux), l’alphabétisation pour les très peu ou jamais scolarisés. Le FOA est donc arrivé après.

Des termes un peu cloisonnants peut-être, mais qui nous aident à gérer les cours de français pour 9000 apprenants étrangers chaque année, aux CMA.

J’enseigne aux CMA depuis 2009 et j’ai actuellement une classe de FOA3. Des apprenants relativement à l’aise à l’oral, mais avec de nombreuses fossilisations grammaticales et syntaxiques et un décalage à l’écrit. Ils ont été scolarisés jusqu’au collège ou au lycée et peuvent rencontrer des difficultés dans l’apprentissage, mais je ne généralise pas ; certain.e.s développent une grande autonomie dans l’apprentissage à la maison, grâce à leur motivation et à leur plaisir d’écrire et apprendre.

Depuis le début de l’année, on fait régulièrement des « Quoi de neuf », des « météos des humeurs » et des écritures de textes libres ou avec consignes, en classe. Le bonheur c’est lorsqu’ils écrivent sans que cela ait été demandé. 

L’enseignement à distance

Pendant la première semaine de confinement, j’ai d’abord envoyé des nouvelles et demandé des leurs, par messages écrits et audios, pour pratiquer l’oral et l’écrit, envoyé des extraits de films et des dictées par whatsapp. Certain.e.s ont fait les dictées sur leur cahier de brouillon habituel, les ont prises en photo et les ont envoyées sur notre groupe Whatsapp.

Puis, la coordination des CMA nous a conseillé ZOOM et nous a formés. Ainsi, dès la deuxième semaine de confinement, j’ai envoyé le lien aux étudiants et depuis, entre quatre et huit étudiants (sur un total de14) sont au rendez-vous aux horaires habituels de cours, trois après-midi par semaine.

Ils n’ont pas d’ordinateur donc je ne peux pas leur demander de taper des textes. C’est donc à la main qu’ils écrivent. A partir de leur textes envoyés, nous travaillons la langue avec la fonction « partage d’écran » de zoom.

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Descriptif d’un cours type sur Zoom :

1. Quoi de neuf. Questions spontanées, ou préparées (à leur demande)

Petits groupes* ou grand groupe en fonction du nombre, de leur énergie et de la mienne*.

2. Dictée (je m’enregistre, puis j’envoie la dictée sur whatsapp aux personnes absentes). Auto-correction, en binôme ou collective. Analyse et remédiation**. Travail à la maison : relire la dictée et recopier plusieurs fois les mots et phrases avec erreurs.

3. Travail de compréhension orale et acquisition de vocabulaire, à partir d’un dialogue de la vie quotidienne, d’un média, d’une chanson ou d’une bande-annonce de film présents sur le padlet créé à l’occasion**

4. Devoirs à la maison : production écrite, pour la prochaine fois. Photo du texte manuscrit à envoyer.

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* la fonction « petits groupes » de Zoom est très pratique. Elle permet de diviser la classe en petits groupes de taille variable et de les envoyer dans des salles virtuelles. On reproduit là ce qu’on fait en classe habituellement.

L’enseignant peut passer d’une salle à l’autre, simplement écouter avec le micro et la caméra coupés ou bien participer et apporter de l’aide.

Je fais des petits groupes à chaque séance pour diverses activités, mais aussi quand je sens qu’ils sont fatigués et que même avec toute l’énergie du monde, je ne peux pas les motiver davantage. A deux, sans le prof, ils sont souvent plus actifs et retrouvent leur énergie.

** avec les fonctions « partager l’écran »  et « tableau blanc », on peut écrire des choses et enregistrer le tableau, à envoyer à tout le monde plus tard, même si bien entendu, je les encourage à recopier ce que j’écris.

*** J’ai créé un mur Padlet multi-niveaux, A1/C1 que j’alimente régulièrement de films, chansons, textes, humoristes, podcasts … Je vais piocher dedans pour tous mes groupes et leur conseille d’y aller de temps en temps pour aller voir les nouveautés.

Lien du padlet : https://padlet.com/ali_lenesley/wu2zi81nys6j

Padlet de ressources culturelles

Tableau blanc de Zoom

Photo d’un texte d’une apprenante avec mes corrections à droite

Ce groupe souffre de l’éloignement pédagogique car ils ont besoin d’être en classe pour étudier et surmonter leurs difficultés.

De plus, ils ne parlent jamais français à l’extérieur de la classe. 

Mais comme un des étudiants a dit :  » C’est mieux que rien en ce moment » 😉 Ils souffrent, mais s’accrochent et se motivent régulièrement à écrire des textes chez eux. Même en temps d’enseignement à distance, par internet, le contact avec le cahier, le papier, le crayon, le tâtonnement, la gomme, l’essai-erreur et le brouillon sont essentiels.

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Cours Municipaux d’Adultes (CMA) de la Mairie de Paris

F.L.E. B2.1

Le contexte

La rentrée de ce groupe a eu lieu lundi 2 mars, car c’est un cours semestriel, de deux cours par semaine. Ainsi, nous n’avons eu que quatre cours ensemble pour nous connaître, avant le confinement. Heureusement, j’ai eu le temps, en quatre cours, de leur expliquer ma démarche, la pédagogie Freinet et remarquer que ce groupe, de 29 étudiants, était très actif et soudé (ils se connaissent depuis septembre, lors du niveau précédent, B1.2, avec un autre professeur de la même école).

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Les principes de mon cours en classe avant le confinement :

– « Quoi de neuf » de 15 minutes, en petits groupes, à l’arrivée en classe.

– lecture d’un récit de voyage de 200 pages, « Les Etats-Unis en stop », Cyprien Desrez (auto-édité), sur tout le semestre.

– production écrite de 30 minutes, sur table, tous les mercredis.

– travail régulier de la langue à partir de leurs productions.

– débats de société.

– compréhension orale à partir de documents authentiques (émissions de radio, podcasts, sketchs, extraits de films…).

– exercices en autonomie, à la maison, sur un cahier d’activités avec corrigés (grammaire, lexique, compréhension orale avec un CD).

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L’enseignement à distance

Comme le groupe de FOA3, nous avons commencé les cours sur Zoom la deuxième semaine de confinement et depuis ce jour, une incroyable dynamique s’est mise en place.

Je parviens à appliquer quasiment tout ce que je faisais en classe et même plus ! Cela vient aussi du fait que ces étudiants sont très à l’aise avec l’informatique, très actifs et créatifs et de niveau FLE B2.

Heureusement, avant le confinement, comme je l’ai dit précédemment, tous ces points avaient été abordés et ils avaient quasiment tous le livre de Cyprien Desrez et le cahier d’activités.

Chaque séance-zoom commence par un « Quoi de neuf » en petits groupes. Quand ils arrivent, petit à petit, je les envoie dans les salles virtuelles. J’ai créé une liste de question de « Quoi de neuf » spécial confinement, car des fois, on n’a pas grand chose à raconter à part « j’ai regardé un film et j’ai fait du pain ».

Finalement, ils bavardent beaucoup et ils sont très contents de se retrouver chaque lundi et mercredi.

Ils sont à chaque fois entre 20 et 23 et environ 4 par petits groupes.

Au bout de 20 minutes, je désactive les petits groupes et nous revenons tous ensemble, en grand groupe.

Puis, certains lundis, nous faisons un point sur la lecture du livre. Ils ont 20 pages à lire chaque semaine. Ainsi, on fait de la lecture, de la compréhension, on travaille sur le lexique, les expressions, on discute du voyage de ce jeune homme…

Ensuite, on revient sur leurs productions écrites données le mercredi. J’ai décidé de leur donner les productions écrites à faire chez eux et non manuscrites, sur table, comme en classe. Je leur donne trois jours pour les faire. Ils doivent les déposer sur un dossier sur Google Drive. C’est une option envisageable avec ce public, mais malheureusement impossible avec le groupe de FOA3 qui n’a ni adresse mail, ni ordinateur.

Je corrige leurs textes avec les commentaires sur Google Doc. C’est évidemment plus long qu’avec un stylo. C’était laborieux et désagréable pour moi au début, mais j’ai du m’y faire. Je ne pourrais pas envisager de ne plus leur demander d’écrire toutes les semaines, juste parce que la correction est plus longue que d’habitude. Pour moi, c’est une des bases de l’apprentissage et du perfectionnement de la langue : écrire, transcrire sa pensée, réfléchir à formuler ses idées dans un texte cohérent, chercher ses mots, les articuler, penser à la concordance des temps… Une bonne partie de l’apprentissage se fait pendant ce moment de création individuelle.

Comme d’habitude, je ne corrige jamais leurs erreurs, sauf quand la solution est très difficile à trouver seul.e. Je les souligne seulement.

J’ai mis en place un nouveau code de correction. Je souligne donc les erreurs et indique leur typologie dans les commentaires du Google Doc, exemple : « ch m » : changer le mot, « or m » : ordre des mots, « term » : terminaison, « acc » : accord…

Auparavant, les corrections au stylo étaient faites de signes, mais c’est compliqué à l’ordinateur, beaucoup trop long. De plus, là, je donne davantage d’informations, car je ne peux pas passer du temps avec chaque étudiant, contrairement au cours dans la salle de classe où je peux passer voir chaque étudiant en difficulté avec sa correction.

exemple de textes d’apprenante avec mes remarques, sur Google Doc

Le travail de correction se fait maintenant comme cela :

– Mercredi, 20h30, je donne le sujet de la production écrite, en fonction du programme de B2 ou de nos discussions et de leurs centres d’intérêts,

– Samedi soir, dernier délai, ils les déposent sur le Google Drive,

– Dimanche/lundi je les corrige. Lundi, à 14h, tout est corrigé. Ils ont plusieurs heures pour les lire.

– Lundi, 18h30, en classes-Zoom : en petits groupes, chacun.e lit son texte, puis ils choisissent ensemble quel.s texte.s ils vont corriger pendant une vingtaine de minutes. Cela les amène à avoir des discussions sur la grammaire, la syntaxe et le lexique. De retour en grand groupe, ils me posent des questions sur ce qu’ils n’ont pas pu corriger et cela profite à tout le monde.

Au début, je faisais des corpus d’erreurs, mais je me suis rendue compte que c’était beaucoup plus motivant pour eux de travailler sur la copie d’un membre du groupe. Certes, ils ne travaillent pas tous sur les mêmes phrases, mais ils s’impliquent davantage.

Par contre, j’y reviendrai peut-être s’il est important de travailler sur un point important, des erreurs récurrentes, des difficultés particulières.

Les activités d’expression et de compréhension orales n’ont pas été trop bousculées. Je peux leur montrer tous les documents multimédias possibles et leur laisser un espace de discussion grâce aux fonctions « partage d’écran »  et « division en petits groupes » et grâce aux ressources que je stocke sur le Padlet.

Les apports de l’enseignement en ligne, avec ce groupe

L’enseignement en ligne m’a donné l’occasion d’inviter Cyprien Desrez, l’auteur du livre que l’on étudie. C’est un ami, ainsi, il a accepté avec joie. J’ai voulu faire la surprise aux étudiants et c’était très émouvant de voir Cyprien en train de se connecter et d’arriver dans notre séance Zoom et de voir les réactions joyeuses des étudiants « Oh, mais ?… c’est ça la surprise ? excellent, c’est Cyprien ! » Il a salué les étudiants et ils lui ont posé de nombreuses questions sur son voyage et son livre. Nous n’aurions pas pu faire cela si facilement en classe, puisque Cyprien n’habite pas en région parisienne. 

Les Etats-Unis d’Amérique, Cyprien Desrez, auto-édité. Heureusement acheté en 25 exemplaires et distribués avant le confinement.
Pages du livre scannées avec l’application Camscanner pour les quelques étudiants qui n’avaient pas pu récupérer leur livre avant le confinement ; stockées dans un dossier sur Google Drive

Rencontre avec Cyprien Desrez, artiste et auteur du livre auto-édité : « Etats-Unis, un voyage en stop… »

Depuis deux semaines, je leur ai proposé plusieurs activités de création.

1. Je leur ai présenté le pliage du Petit Livre, un classique de la pédagogie Freinet. Je leur ai montré des exemples et leur ai proposé une création libre sans consigne.

Apprentissage du pliage du Petit Livre

2. Je leur ai donné une semaine pour créer un Petit Livre sur le thème de leur choix.

Pour les guider, je leur ai montré quelques exemples de Petits Livres que j’avais créés.

3. Avant le Jour-J, une étudiante a envoyé un GIF de son Petit Livre rapidement feuilleté sur notre groupe Whatsapp, qu’elle a nommé « teaser » ou bande-annonce. Cela nous donnait envie de découvrir la suite.

4. Le Jour-J, trois volontaires ont présenté leur Petit Livre, en le feuilletant d’abord face caméra pour montrer les images puis en le lisant. Lors des séances suivantes, les étudiants qui le désiraient le présentaient.

Certains ont voulu m’envoyer leur texte avant par mail pour que je le corrige.

Cette activité créative a insufflé une énergie libre et créatrice et un retour au manuel, au papier-crayon-feutres, bienfaiteur pendant une période où notre seul moyen d’être en communication est l’écran de l’ordinateur ou du téléphone.
Quelques exemples de Petits Livres

Quelques exemples de Petits Livres des étudiants
Elizabeth

Jimena

Pour lire tous les petits livres en entier : https://padlet.com/ali_lenesley/net9j83fwdxk1jjr

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Adaptation pédagogique, à distance

Les principes de mon cours en classe-Zoom pendant le confinement :

« Quoi de neuf » de 15 minutes, en petits groupes, à l’arrivée en classe-zoom, petit à petit, à partir d’un document « Le quoi de neuf du confinement »

lecture d’un récit de voyage de 200 pages, « Les Etats-Unis en stop », Cyprien Desrez (auto-édité), sur tout le semestre + Cyprien en invité surprise pendant une séance.

Scans des pages du livre, petit à petit, avec l’application CamScanner, déposés sur le Google Drive, pour les quelques étudiants qui n’ont pas pu récupérer le livre avant le confinement.

production écrite, à la maison, entre le mercredi et le samedi OU en direct sur Zoom, en 30 minutes, à déposer dans la soirée.

Dépôt des textes sur Google Drive.

travail régulier de la langue à partir de leurs productions, en petits groupes sur Zoom. Nouveau code de correction, en commentaires sur Google Doc.

débats de société, en petits groupes, dans des « salles séparées ».

compréhension orale à partir de documents authentiques (émissions de radio, podcasts, sketchs, extraits de films…), avec la fonction « partage d’écran ».

exercices en autonomie, à la maison, sur un cahier d’activités avec corrigés (grammaire, lexique, compréhension orale avec un CD).

Cahier d’activités en pdf déposé sur le Google Drive, pour ceux qui n’ont pas eu le temps d’acheter le livre avant le confinement.

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L’évolution des cours par Zoom

La semaine dernière, après un mois d’enseignement à distance, je leur ai proposé un premier bilan, à faire en petits groupes. Les questions étaient les suivantes :

– Est-ce satisfaisant pour vous ?

– Le travail sur l’écriture des textes vous aide t-il à progresser ?

– Le code de correction est-il adéquat ?

– Aimeriez-vous que l’on travaille plus la correction en profondeur ?

– Davantage de grammaire ?

– Plus de compréhensions orales ? Quels sujets ?

– Autres suggestions et questions ?

Ils ont eu une trentaine de minutes en petits groupes.

Je leur ai demandé d’être le plus sincère et critique possible et d’argumenter.

Il est à noter qu’avec l’option des petits groupes sur Zoom, l’animatrice peut passer dans les « salles » pour écouter ce qui s’y dit, en étant visible. Elle peut éteindre son micro et sa caméra.

C’est ce que je fais toujours lors des activités en petits groupes. Quand ils me voient, il leur arrive de m’appeler pour me demander de l’aide. Lors d’une analyse d’erreurs sur leurs textes, s’ils se questionnent beaucoup et qu’ils sont en difficulté, je n’interviens pas s’ils ne me le demandent pas.

Voici ce qui est ressorti de leur bilan et que j’ai résumé dans un mail que je leur ai envoyé quelques jours plus tard :

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– : remarques des étudiant.e.s

>> : mes conseils et remarques

– Garder le lien et le moral grâce aux discussions en petits groupes : très important pour tout le monde

– Il y a parfois beaucoup de messages, certain.e.s étudiant.e.s sont perdu.e.s. 

>> les messages importants (devoirs essentiellement) sont envoyés par mail.

>> les messages whatsapp, sont des messages informels, de petites questions, des vidéos …

– Les productions écrites à faire chaque semaine : 

– C’est intéressant pour tout le monde, on peut voir les textes des autres 

– C’est intéressant de prendre son temps pour écrire, de réfléchir au lexique et à la grammaire, de chercher la bonne formulation.

– On ressent du plaisir à écrire chaque semaine, on recherche des synonymes, on apprend tout seul.

– C’est aussi intéressant d’écrire en direct sur Zoom, en 30 minutes (réflexions suite à la production écrite de mercredi dernier).

– Le code de correction est clair.

– C’est utile et pertinent de discuter de nos erreurs ensemble, en petits groupes et d’y réfléchir en collectif, pour en prendre conscience.

– On aimerait travailler de nouveau sur des corpus d’erreurs (liste d’erreurs des étudiants).

>> OK, lundi.

– On aimerait avoir des remarques sur nos textes (points grammaticaux à revoir …)

>> Ok, pour les textes de mercredi dernier

– C’est intéressant d’avoir eu des consignes grammaticales précises pendant certaines productions écrites, pour pratiquer et mettre en application ce qu’on avait vu. Ex : discours rapporté

– C’est intéressant de lire un livre de 200 pages ensemble et d’apprendre du vocabulaire.

– Certain.e.s manquent de temps pour faire tout le travail.

>> pas de pression, pas de stress : ce qui est important est de garder le lien, de venir régulièrement en cours-zoom, d’écrire un texte par semaine et de lire régulièrement le livre de Cyprien = pratique de l’oral et de la production / compréhension écrite.

– Certain.e.s aimeraient avoir la liste des points grammaticaux au programme. 

Ce programme est très / trop riche (avec les collègues et le coordinateur, on est tous d’accord). C’est impossible de tout faire. Je fais des choix en fonction de ce qui me semble essentiel ET en fonction de vous, de votre niveau, de vos erreurs…

Depuis le début du semestre, nous avons vu :

>> l’expression de l’opinion (indicatif ou subjonctif)

>> le discours rapporté / la concordance des temps

>> les verbes + prépositions

>> la description (articles définis/indéfinis, pronoms compléments et relatifs, connecteurs) : EN COURS (dernière production écrire)

>> NE PAS OUBLIER que chacun.e d’entre vous étudie de nombreux points grammaticaux et lexicaux, de façon individuelle, par l’intermédiaire des productions écrites et de mes remarques/corrections sur vos textes + vos discussions en petits groupes. On ne s’en rend pas toujours compte, mais c’est une façon très efficace d’apprendre et de comprendre.

>> un point très important à voir : l’expression du passé  = concordance passé-composé / imparfait / plus-que-parfait

– Il y a une demande de compréhension orale : chansons et émissions de radios

>> Bien sûr, j’aimerais en faire plus avec vous. L’enseignement à distance avec Zoom pose quelques contraintes et amène une temporalité différente. On a des choix à faire entre les activités de compréhension et de production. J’ai l’impression que pendant le confinement, vous avez besoin de produire davantage en français (écrire et parler), car vous êtes coupés de vos collègues et amis francophones, mais bien sûr, vous pouvez me contredire, on peut en discuter !

>> Mercredi, on a écouté une chanson (« C’était bien, Le petit bal perdu », de Bourvil, sur le Padlet). La prochaine fois, lundi ou mercredi, nous écouterons une émission de radio.

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Ce qui ressort principalement est l’importance d’écrire régulièrement, de réfléchir à ce qu’on va écrire, de chercher différentes formulations, du lexique… puis, après la lecture et les remarques de la prof de chercher ses erreurs et de discuter en petits groupes.

De plus, les discussions informelles (je l’ai remarqué pendant les sessions de travail, certains ne faisaient pas du tout ce qui était demandé, mais bavardaient… en français, donc en cour de FLE, c’est parfait ;), les blagues, les rires, tout ce lien social qui reste et subsiste est essentiel.

La lecture du livre de Cyprien leur apporte beaucoup de vocabulaire et d’expressions de langage courant et familier, car son style est assez oral.

Quelques apprenants ont manifesté le besoin d’avoir plus de leçons grammaire.

Une apprenante est intervenue en exposant son avis, encore plus radical que le mien : elle a expliqué qu’ils devaient chercher les leçons de grammaire seuls chez eux, que c’est de cette façon qu’ils apprendraient et que ce n’est pas la prof qui leur expliquerait tout. J’ai trouvé cette réflexion intéressante de la part d’une apprenante. Evidemment, je suis globalement d’accord avec elle, mais l’important est de rassurer les apprenants quant à leur peur de ne pas apprendre et de ne pas faire de grammaire.

Je leur ai dit qu’ils faisaient régulièrement de la grammaire, mais qu’ils ne s’en rendaient pas forcément compte, en écrivant leur texte, en lisant mes remarques, en corrigeant en groupes ou seuls.

Je leur ai montré le programme du niveau B2 de la mairie de Paris en leur disant qu’il était très fourni et qu’il n’était pas possible de tout faire. J’ai bien précisé qu’il n’était pas envisageable pour moi de les gaver de leçons de grammaire.

Une étudiante a demandé des remarques générales et des points à revoir sur leurs textes, j’ai trouvé cela pertinent, alors je le fais maintenant, pour chaque texte, chaque semaine. Cela prend encore plus de temps, mais cela me permet aussi de synthétiser les erreurs et les besoins.

BILAN + ANALYSE

Aujourd’hui, après un mois et demi de cours, je réalise que sur deux heures de cours, ils passent beaucoup plus de temps en petits groupes à discuter, analyser, débattre, chercher … et que je passe beaucoup moins de temps à leur expliquer des choses directement.

Je passe beaucoup de temps, en dehors des cours, à lire et commenter leurs textes, à chercher des supports, des documents audiovisuels, des activités pour travailler sur tel ou tel point grammatical délicat.

Ce glissement s’est fait tout naturellement, alors que j’observais leur plaisir à être en petits groupes, l’émulation qui en ressortait.

Déjà, avant le confinement, je privilégiais cette méthode, mais je pense que je me sentais encore enfermée dans le carcan du prof qui explique et transmet.

A présent, nous ne sommes plus en classe, il n’y a plus de grand tableau noir face à une vingtaine d’apprenants, assis les uns à côté des autres. Les frontières sont gommées et je pense que ces évolutions vont me marquer dans le futur …

Intéressant quand on s’intéresse à la pédagogie Freinet depuis quelques années et qu’on essaye de l’adapter à l’enseignement du FLE …

Carte mentale résumant l’enseignement à distance avec les FLE B2

7 commentaires sur “La continuité pédagogique pendant le confinement

  1. Encore un « truc »: apprendre aux étudiants à créer un lien sur le bureau de leur smartphone pour retrouver facilement un doc en ligne.

    J'aime

      1. Quand je ne sais pas faire une manip, je demande à Mr Google. Tape « Créer raccouci sur Android » ou « Créer raccourci sur Iphone » selon le cas.

        Aimé par 1 personne

  2. franchement, bravo. L’article et surtout le contenu. Super les Padlets, j’ai adoré et partaté le Petit Livre sur « le foulard vert’. je sjuis en argentine et très sensible aussi au mouvement « Ni una Menos ». Felicitez la jeune fille pour moi. Merci.

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