Le féminisme en cours de français

Ce matin, à l’association des femmes de la Boissière, à Montreuil, on a travaillé sur les collages contre les féminicides.

On a expliqué les messages.

Les femmes étaient très touchées et intéressées.

On a beaucoup discuté.

Je leur ai demandé si elles pouvaient et voulaient les traduire dans leur langue maternelle (turc, kurde, arabe algérien, punjabi, bangla et serbe) pour que toutes les femmes (et tous les hommes !) aient accès à ces informations.

Elles vont faire ça ce week-end.

À suivre donc…

Pourquoi cette thématique peut être un sujet sensible en cours ?

Car le féminisme est relatif à chaque culture. Bien sûr, l’égalité hommes-femmes est un droit universel.

Mais, chaque femme, sur cette planète, en fonction de sa culture, son histoire, son éducation, le contexte politique et religieux a des revendications différentes. Soyons honnêtes, reconnaissons-le.

Reconnaître cela, c’est le début de la sororité universelle.

Je suis arrivée à l’association des femmes de la Boissière de Montreuil il y a 10 ans et j’avais ma version du féminisme. Une certaine vision de la liberté de la femme. Je suis née dans un petit village normand et avant d’arriver à Montreuil je venais de passer deux ans en Russie.

Je n’avais jamais côtoyé de femmes voilées auparavant. Je ne connaissais rien sur l’islam et sur leur vie. Je me demandais pourquoi elles en portaient et, soyons honnêtes, j’avais des clichés plein la tête, comme beaucoup de personnes qui ne côtoient pas de femmes voilées, tout comme, peut-être, elles avaient des clichés à mon égard.

C’est la triste histoire de la société. Quand on ne connaît pas, on se méfie, on a peur, on imagine mille choses.

Petit à petit, on s’est côtoyées, apprivoisées, connues, reconnues. On a rigolé ensemble, on a mangé, fait la fête, on s’est posées des questions, on a appris à se connaître. Et le voile… je ne le voyais plus. Je me suis mise à mettre différentes femmes de mon entourage en miroir avec les femmes de l’association et à me demander ce que signifiait la liberté, le libre arbitre, l’indépendance, l’épanouissement, le choix…

Est-ce qu’un morceau de tissu définit tout cela ? Est-ce qu’on se sent plus libre avec ou sans ? C’est si personnel.

Pendant toutes ces années, j’ai appris qu’il pouvait être condescendant et ethno-centré de plaquer mes valeurs sur les femmes de l’association. J’ai sûrement commis des maladresses et j’en commets peut-être encore. On a beau être prof, formatrice, instit… on reste humain avec notre culture et notre histoire.

Selon moi, la clé est dans l’information, le savoir, la communication et l’écoute. Et surtout pas le jugement ou le questionnement poussif. Si une femme a envie de s’exprimer sur tel ou tel thème, elle le fera. Notre rôle, en tant que formatrices est de proposer des choses, des sorties, des activités et de laisser le choix.

Bien sûr, pour moi, il y a une limite dans l’expression libre et dans les débats. Ce sont les propos racistes, sexistes (il y a quelques jeunes hommes à l’association) et homophobes. C’est arrivé et ça arrive encore. C’est dans la charte de l’association et nous nous devons de recadrer dans ces cas-là. Tranquillement. En disant que ces propos ne sont pas acceptables au sein de l’association.

Par contre, pour ne pas bloquer les auteurs de ces propos pour toujours, nous essayons de comprendre d’où viennent ces propos et cette vision du monde.

Donc pour conclure, il me semble essentiel de ne pas imposer ma vision (qui a beaucoup changé depuis 10 ans) et de ne pas élever le modèle occidental comme valeur de référence, donc ne pas imposer le féminisme occidental.

Pour revenir aux collages dénonçant les féminicides, d’abord ils me touchent beaucoup et je les trouve très percutants. Et surtout, comme je l’ai dit plus haut, ils sont objectifs, ils n’imposent pas une vision. C’est clair pour tout le monde, ces féminicides sont insupportables et il faut en parler

Vendredi dernier, lors du travail sur ces messages, nous étions toutes d’accord quelque soient nos origines.

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